Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Nathalie Sarraute

Nathalie Sarraute

Nathalie Sarraute

SARRAUTE Nathalie née Natacha Tcherniak

1902-1999

Femme de lettres

Nathalie Sarraute compte parmi les écrivains les plus importants du XXe siècle. Elle est la première dont les œuvres complètes aient été publiées de son vivant dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade, et son œuvre a déjà été l'objet de très nombreuses études.

Natacha Tcherniak naît à Ivanovo en Russie, 18 juillet 1902, dans une famille d'intellectuels juifs révolutionnaires et assimilés. Lorsqu'elle a deux ans, ses parents divorcent. L'enfant vit d'abord à Paris avec sa mère, Pauline Chatounowski, puis avec son père, Ilya Tcherniak, en Russie puis à Paris où ils s'installent définitivement en 1909. Élève à l'école communale, puis au lycée Fénelon, elle réussit ensuite une licence d'anglais à la Sorbonne, étudie à Oxford et à Berlin, et revient à Paris poursuivre des études de droit. Elle y rencontre Raymond Sarraute qui deviendra son mari en 1925. Ils ont trois filles : Anne, Dominique et Claude Sarraute, journaliste et écrivain. Nathalie et Raymond Sarraute exercent la profession d'avocat. En 1932, Nathalie commence à rédiger Tropismes, une série de textes brefs ainsi intitulés ainsi en référence à la biologie où le tropisme désigne une réaction à un stimulus quelconque. Lors de sa parution en 1939, cette première œuvre n'est pas très remarquée.
La guerre éclate et, en 1940, la promulgation des lois raciales de Vichy contraignent Nathalie Sarraute à se cacher avec sa famille. Réfugiée à la campagne sous une fausse identité, elle se fait passer pour l'institutrice de ses enfants.
Après la Libération, elle ne reprend pas son métier d'avocate. Elle se consacre à l'écriture et son premier roman, Portrait d'un inconnu, paraît en 1948 avec une préface élogieuse de Jean-Paul Sartre. Tropismes est réédité en 1954. Dès 1956, son livre L'ère du soupçon la place comme une des figures centrales du " nouveau roman ". Elle reçoit en 1964 le Prix international de littérature pour Les Fruits d'or. Elle est traduite dans une vingtaine de langues et en 1982, le Grand prix national des Lettres lui est attribué. Son travail l'amène également à écrire plusieurs pièces pour la radio et le théâtre, montées notamment par Simone Benmussa*.
Lorsque ses œuvres complètes sont publiées par les éditions Gallimard dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1996, elle devient le premier auteur édité dans cette collection de son vivant.
Morte paisiblement à son domicile parisien le 19 octobre 1999, presque centenaire, Nathalie Sarraute est saluée par le Président de la République Jacques Chirac comme " un écrivain qui a construit, livre après livre, dans la discrétion et le travail, une œuvre puissante, secrète où tout faisait sens. "Cité par Pierre Lepape, " La mort de Nathalie Sarraute ", Le Monde, 21 octobre 1999, p. 32 Elle-même avait toujours refusé les honneurs autres que littéraires.

Nathalie Sarraute avait déclarer ignorer pratiquement tout de la religion de ses ancêtres. Elle ne refusait cependant pas de s'exprimer dans les media juifs. Ainsi, en 1959, Jacques Mosel recueillit pour la revue L'Arche, une interview dans laquelle elle évoquait ses relations au judaïsme :

Je serais mal venue de prêcher la fidélité au judaïsme. Je suis totalement areligieuse et je ne sais à peu près rien de la religion juive. Ma famille était entièrement russifiée et assimilée depuis au moins trois générations. Ma grand-mère était une dame de Saint-Pétersbourg qui déjà identifiait tout ce qui était juif avec des survivances anachroniques et des éléments d'infériorité sociale et morale. […] Pendant l'occupation, je me suis sentie juive, c'est à dire injustement persécutée, mais nullement impliquée dans une culture et une religion que je ne connais pas. Nathalie Sarraute, " J'ai porté l'étoile jaune ", décembre 1959

Dans Enfance, autobiographie écrite alors qu'elle avait quatre-vingt ans, elle interroge la petite fille qu'elle avait été sur ses rapports à la religion juive et sur les prières que certains de ses proches lui faisaient réciter à l'église :

C'est étrange qu'à cet âge là jamais ne te venait l'idée que ces religions n'étaient pas celles de tes ancêtres… que jamais personne ne t'en avait parlé…
Ma mère ne voulait pas le savoir… Je crois qu'elle n'y pensait jamais. Quand à mon père, il considérait toutes les pratiques religieuses comme des survivances… des vieilles croyances dépassées… il était " libre penseur " et pour lui comme pour tous ses amis le fait même de mentionner que quelqu'un est juif ou ne l'est pas, ou qu'il est slave, était le signe de la plus noire réaction, une véritable indécence…
Je n'ai jamais entendu dire d'un ami qui venait à la maison qu'ils était autre chose que russe ou bien français.[…]
Mon père me laissait aller à toutes les églises où l'on m'emmenait… peut-être se disait-il que ces belles cérémonies ne pouvaient que laisser à un enfant de beaux souvenirs, il ne cherchait pas plus à me détourner de Dieu, du Christ, des Saints, de la Sainte Vierge, qu'il ne m'avait empêchée d'adresser des prières au Père Noël.
Mais plus tard, chaque fois qu'était soulevée cette question, j'ai toujours vu mon père déclarer aussitôt, crier sur les toits qu'il était juif. Il pensait que c'était vil, que c'était stupide d'en être honteux et il disait : Combien d'horreurs, d'ignominies, combien de mensonges et de bassesses a-t-il fallu pour arriver à ce résultat, que des gens ont honte devant eux-mêmes de leurs ancêtres et se sentent valorisés à leurs propres yeux, s'ils arrivent à s'en attribuer d'autres, n'importe lesquels, pourvu que ce ne soient pas ceux-là… Tu ne trouves pas, me disait-il parfois, beaucoup plus tard, que tout de même, quand on y pense.. - Oui, je le trouvais… Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard-Folio, 1991, pp. 235-237

Cité par Pierre Lepape, " La mort de Nathalie Sarraute ", Le Monde, 21 octobre 1999, p. 32.
Nathalie Sarraute, " J'ai porté l'étoile jaune ", décembre 1959.
Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard-Folio, 1991, pp. 235-237.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.