Simone Kaminker est née le 25 mars 1921 à Wiesbaden,
en Allemagne, où André Kaminker, son père,
est détaché comme officier de larmée
française. Georgette Signoret, la mère de Simone,
est dorigine provençale et catholique. Simone a deux
frères cadets, Alain et Pierre. Plus tard, dans son autobigraphie,
elle décrira ainsi son père : « Mon père
était le fils dun juif polonais diamantaire que je
nai pas connu. Sa mère était une juive autrichienne
que je nai pas beaucoup aimée, parce quelle na
jamais vraiment accepté ma mère. Dans une famille
juive, la pire chose que pouvait faire un fils, cétait
dépouser une non-juive. Et cest ce qua
fait mon père.
» Deux ans après la naissance de Simone, ses parents
reviennent à Paris où elle poursuit ses études
au Cours Sicard jusquau baccalauréat.
Au début de la Seconde guerre mondiale, lorsque les Allemands
occupent la capitale, le père de Simone disparaît en
1940. Sa famille apprendra plus tard quil avait rejoint Londres
où il était speaker à la B.B.C. Simone a alors
19 ans et doit travailler rapidement. Elle donne dabord des
cours danglais puis entre comme secrétaire au journal
Les Nouveaux Temps dont elle ne pouvait ignorer les positions
collaborationnistes. Elle quitte sa mère et sinstalle
alors dans une chambre de bonne à Saint-Germain-des-Prés.
Elle découvre vite le Café de Flore, lieu de rencontres
décrivains et dartistes dont elle fera rapidement
partie. Elle démissionne alors du journal et se risque dans
des petites rôles cinématographiques en prenant le
patronyme de sa mère comme nom de scène.
En 1942, Marcel Carné lui offre un premier rôle important
dans Les Visiteurs du soir. Cest le début dune
longue carrière quelle partagera dès les années
cinquante avec un autre monstre sacré du cinéma et
de la chanson, Yves Montand. En 1948, Simone Signoret avait épousé
Yves Allégret, fils de pasteur et secrétaire de Trotski,
avec qui elle a une fille, Catherine. Après leur divorce,
elle se remarie en 1951 avec Yves Montand. Ils vont vivre ensemble
pendant plus de trente ans et mener côte à côte
une vie dartistes et de militants. Proches du Parti communiste,
ils sen écartent en 1956, mais continuent à
soutenir de nombreux combats pour la paix et les libertés.
La carrière cinématographique de Simone Signoret est
jalonnée de succès nationaux et internationaux. Elle
joue Casque dor, Thérèse Raquin, La Veuve
Couderc, LAveu
, et accumule les récompenses
: le Prix Bianchetti en 1947, le Prix féminin du cinéma
en 1953, le Grand Prix dinterprétation féminine
au festival de Cannes de 1959, lOscar de la meilleure interprétation
féminine à Hollywood en 1960... En 1977, dans La
vie devant soi de Moshé Mizrahi, elle incarne le personnage
vieillissant de Madame Rosa, une juive rescapée des camps
de concentration. Chaque matin du tournage, elle se fait redessiner
sur le bras le numéro de déportée : «
Cest Maud [sa maquilleuse] qui avait décidé
du numéro 17 329 et de la place quil devait occuper
sur lavant-bras gauche de la fausse rescapée dAuschwitz,
et cest Maud, la vraie rescapée de la forteresse de
Compiègne, de Ravensbrück et de Zwodau qui la
dessiné bien soigneusement tous les matins.
» La vie devant soi est récompensé par
lOscar du meilleur film étranger décerné
à Hollywood. Simone Signoret joue aussi pour le théâtre,
notamment dans Les Sorcières de Salem dArthur
Miller et dans Macbeth de Shakespeare quelle interprète
en anglais au Royal Court de Londres. Elle travaille également
pour la télévision, et y interprète La femme
juive de Brecht.
Simone Signoret a plus de cinquante ans lorsquelle entame une carrière décrivaine. En une dizaine dannées, elle va publier deux livres de souvenirs, des traduction et un roman. Elle préparait le dossier de presse de son dernier livre, Adieu Volodia, lorsquelle décède le 30 septembre 1985 dans sa maison dAutheuil-Anthouillet.
Adieu Volodia, son roman posthume met en scène des juifs russes et polonais immigrés à Paris. Dans cet extrait, Simone Signoret décrit la joie de ses héros Guttman et Roginsky, naturalisés français en 1925 :
Enfant juif dUkraine, enfant juive de Pologne, ensemble
ils avaient cessé de lêtre un soir de juillet
1925, quand Messieurs Guttman et Roginski étaient rentrés
à la maison avec leurs papiers de naturalisation si dévotement
espérés.
Les larmes aux yeux, les deux hommes les avaient sortis de leur
poche et les avaient présentés à Mesdames
Guttman et Roginski qui étaient tombées dans les
bras lune de lautre en sanglotant.
Les papiers étaient précieusement serrés
dans deux porte-cartes en peau de porc miel, fabriqués
personnellement par Monsieur Guttman, ouvrier maroquinier dans
un atelier qui fournissait Lancel, de lOpéra, et
Bond Street, du faubourg Saint-Honoré. Les porte-cartes
étaient passés de main en main au cours dune
petite fête improvisée à laquelle sétaient
joints les Lowenthal, du troisième droite, Isidore Barsky,
du troisième gauche, et les Stern, du premier droite.
Les Lowenthal et Isidore Barsky avaient comparé les documents
tout neufs aux leurs quils avaient eu la chance dobtenir
cinq années plus tôt. Il faut dire queux-mêmes
étaient beaucoup plus âgés. Ils étaient
arrivés autour de 1905, et pendant
« Vierzen-Dix-Huit », leur existence dapatrides
navait pas été des plus faciles. Seuls les
Stern, du premier, ne sétaient jamais souciés
de naturalisation. Ils étaient juifs et religieux, accessoirement
polonais, et le restaient. 
Simone Signoret, 1975, p. 13.
Simone Signoret, 1979, p. 9.
Simone Signoret, 1985, p. 10.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.