Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Simone Signoret

Simone Signoret

Simone Signoret

SIGNORET Simone,

nom de scène de Simone Kaminker

1921-1985

Actrice

Simone Kaminker est née le 25 mars 1921 à Wiesbaden, en Allemagne, où André Kaminker, son père, est détaché comme officier de l’armée française. Georgette Signoret, la mère de Simone, est d’origine provençale et catholique. Simone a deux frères cadets, Alain et Pierre. Plus tard, dans son autobigraphie, elle décrira ainsi son père : « Mon père était le fils d’un juif polonais diamantaire que je n’ai pas connu. Sa mère était une juive autrichienne que je n’ai pas beaucoup aimée, parce qu’elle n’a jamais vraiment accepté ma mère. Dans une famille juive, la pire chose que pouvait faire un fils, c’était d’épouser une non-juive. Et c’est ce qu’a fait mon père. Simone Signoret, 1975, p. 13 » Deux ans après la naissance de Simone, ses parents reviennent à Paris où elle poursuit ses études au Cours Sicard jusqu’au baccalauréat.
Au début de la Seconde guerre mondiale, lorsque les Allemands occupent la capitale, le père de Simone disparaît en 1940. Sa famille apprendra plus tard qu’il avait rejoint Londres où il était speaker à la B.B.C. Simone a alors 19 ans et doit travailler rapidement. Elle donne d’abord des cours d’anglais puis entre comme secrétaire au journal Les Nouveaux Temps dont elle ne pouvait ignorer les positions collaborationnistes. Elle quitte sa mère et s’installe alors dans une chambre de bonne à Saint-Germain-des-Prés. Elle découvre vite le Café de Flore, lieu de rencontres d’écrivains et d’artistes dont elle fera rapidement partie. Elle démissionne alors du journal et se risque dans des petites rôles cinématographiques en prenant le patronyme de sa mère comme nom de scène.
En 1942, Marcel Carné lui offre un premier rôle important dans Les Visiteurs du soir. C’est le début d’une longue carrière qu’elle partagera dès les années cinquante avec un autre monstre sacré du cinéma et de la chanson, Yves Montand. En 1948, Simone Signoret avait épousé Yves Allégret, fils de pasteur et secrétaire de Trotski, avec qui elle a une fille, Catherine. Après leur divorce, elle se remarie en 1951 avec Yves Montand. Ils vont vivre ensemble pendant plus de trente ans et mener côte à côte une vie d’artistes et de militants. Proches du Parti communiste, ils s’en écartent en 1956, mais continuent à soutenir de nombreux combats pour la paix et les libertés.
La carrière cinématographique de Simone Signoret est jalonnée de succès nationaux et internationaux. Elle joue Casque d’or, Thérèse Raquin, La Veuve Couderc, L’Aveu…, et accumule les récompenses : le Prix Bianchetti en 1947, le Prix féminin du cinéma en 1953, le Grand Prix d’interprétation féminine au festival de Cannes de 1959, l’Oscar de la meilleure interprétation féminine à Hollywood en 1960... En 1977, dans La vie devant soi de Moshé Mizrahi, elle incarne le personnage vieillissant de Madame Rosa, une juive rescapée des camps de concentration. Chaque matin du tournage, elle se fait redessiner sur le bras le numéro de déportée : « C’est Maud [sa maquilleuse] qui avait décidé du numéro 17 329 et de la place qu’il devait occuper sur l’avant-bras gauche de la fausse rescapée d’Auschwitz, et c’est Maud, la vraie rescapée de la forteresse de Compiègne, de Ravensbrück et de Zwodau qui l’a dessiné bien soigneusement tous les matins. Simone Signoret, 1979, p. 9 » La vie devant soi est récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger décerné à Hollywood. Simone Signoret joue aussi pour le théâtre, notamment dans Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller et dans Macbeth de Shakespeare qu’elle interprète en anglais au Royal Court de Londres. Elle travaille également pour la télévision, et y interprète La femme juive de Brecht.

Simone Signoret a plus de cinquante ans lorsqu’elle entame une carrière d’écrivaine. En une dizaine d’années, elle va publier deux livres de souvenirs, des traduction et un roman. Elle préparait le dossier de presse de son dernier livre, Adieu Volodia, lorsqu’elle décède le 30 septembre 1985 dans sa maison d’Autheuil-Anthouillet.

Adieu Volodia, son roman posthume met en scène des juifs russes et polonais immigrés à Paris. Dans cet extrait, Simone Signoret décrit la joie de ses héros Guttman et Roginsky, naturalisés français en 1925 :

Enfant juif d’Ukraine, enfant juive de Pologne, ensemble ils avaient cessé de l’être un soir de juillet 1925, quand Messieurs Guttman et Roginski étaient rentrés à la maison avec leurs papiers de naturalisation si dévotement espérés.
Les larmes aux yeux, les deux hommes les avaient sortis de leur poche et les avaient présentés à Mesdames Guttman et Roginski qui étaient tombées dans les bras l’une de l’autre en sanglotant.
Les papiers étaient précieusement serrés dans deux porte-cartes en peau de porc miel, fabriqués personnellement par Monsieur Guttman, ouvrier maroquinier dans un atelier qui fournissait Lancel, de l’Opéra, et Bond Street, du faubourg Saint-Honoré. Les porte-cartes étaient passés de main en main au cours d’une petite fête improvisée à laquelle s’étaient joints les Lowenthal, du troisième droite, Isidore Barsky, du troisième gauche, et les Stern, du premier droite.
Les Lowenthal et Isidore Barsky avaient comparé les documents tout neufs aux leurs qu’ils avaient eu la chance d’obtenir cinq années plus tôt. Il faut dire qu’eux-mêmes étaient beaucoup plus âgés. Ils étaient arrivés autour de 1905, et pendant
« Vierzen-Dix-Huit », leur existence d’apatrides n’avait pas été des plus faciles. Seuls les Stern, du premier, ne s’étaient jamais souciés de naturalisation. Ils étaient juifs et religieux, accessoirement polonais, et le restaient. Simone Signoret, 1985, p. 10

Simone, 1967, pp. 229-230 Simone Signoret, 1975, p. 13.
Simone Signoret, 1979, p. 9. Simone Signoret, 1979, p. 9.
Simone Signoret, 1985, p. 10 Simone Signoret, 1985, p. 10.

Filmographie :

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.