Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Simone Weil

Simone Weil

Simone Weil

WEIL Simone

1909-1943

Philosophe et militante ouvrière

Simone Weil naît le 3 février 1909 à Paris, dans une famille de la bourgeoisie juive. Bernard Weil, son père, est un libre penseur d’origine alsacienne. Sa mère, Selma Reinherz, est plus attachée que lui à la pratique de la religion juive. Simone a un frère aîné, André Weil, qui deviendra mathématicien. Elle-même poursuit de brillantes études à Paris. D’abord au lycée Victor-Duruy où elle obtient son baccalauréat à l’âge de quinze ans, puis à l’École normale supérieure. Elle a vingt-deux ans lorsqu’elle est reçue à l’agrégation de philosophie en 1931. En marge de ses études, elle s’engage dans le militantisme syndical, proche du mouvement trotskiste « Révolution prolétarienne », et collabore à sa revue.
Après son agrégation, Simone Weil est nommée professeur de philosophie dans différents lycées de jeunes filles en province : au Puy, à Auxerre, à Roanne, puis à Bourges. Son travail est entrecoupé par de nombreux arrêts maladie et demandes de mise en disponibilité. Très vite, elle décide d’abandonner son salaire d’enseignante pour devenir ouvrière et vivre du minimum. Elle travaille à la chaîne pendant quelques mois, dans les usines Alsthom puis Renault, de décembre 1934 à août 1935, en notant régulièrement ses réflexions. Cette double activité, physique et intellectuelle, aggravée par les privations qu’elle s’impose, mine sa santé déjà fragile. En 1936, elle rejoint néanmoins les Brigades internationales en Espagne.
A son retour en France, Simone Weil reprend son travail de professeur de philosophie jusqu’au début de la guerre. Elle quitte Paris en 1940, lorsque les lois raciales de Vichy la chassent de l’Education nationale. Elle se réfugie à Marseille avec ses parents et collabore au journal Les Cahiers du Sud sous le pseudonyme d’Emile Novis. A Marseille, Simone Weil rencontre le père bénédictin J. M. Perrin qui la met en relation avec l’écrivain chrétien Gustave Thibon. Ce dernier propose à Simone de l’accueillir en Ardèche. Elle accepte, mais choisit de s’installer dans un cabanon en ruines, plutôt que dans la maison de son hôte. Bien que de santé fragile, Simone Weil travaille aux champs tout en poursuivant ses lectures et ses recherches spirituelles.
Son séjour en Ardèche est de courte durée. En mai 1942, elle regagne Marseille d’où elle embarque avec ses parents pour New York où s’est déjà réfugié son frère André. Depuis les États-Unis, elle se met à la disposition du Gouvernement français provisoire qui la nomme rédactrice à Londres. D’Angleterre, elle présente plusieurs requêtes pour participer à des missions en France. Elle est pourtant très faible physiquement, mais continue à s’imposer des privations et souffre de tuberculose. Elle est finalement hospitalisée au sanatorium d’Ashford dans le Kent où elle décède le 24 août 1943, à l’âge de trente-quatre ans.

Ce n’est qu’après la guerre que les œuvres majeures de Simone Weil commencent à être publiées. Albert Camus, alors directeur de collection aux éditions Gallimard, contribue à la faire connaître. On découvre alors à travers ses écrits un auteur au langage pur et tranchant, une philosophe et une mystique inclassable. Michel Mourre dira qu’elle est « la plus haute incarnation de la nostalgie religieuse de l’humanité d’aujourd’hui Michel Mourre, p. 679 » Spirituellement, Simone Weil fut sans doute plus proche du christianisme, qu’elle n’a pourtant jamais rejoint par le baptême, que du judaïsme de ses ancêtres, qu’elle n’a jamais pratiqué. Elle demeure effectivement inclassable, bien que les intellectuels chrétiens soient beaucoup plus nombreux à se réclamer de ses écrits que les intellectuels juifs.

Parmi ses coreligionnaires, Wladimir Rabi fut un des rares à l’admettre : « [Simone Weil est] nôtre dans la douleur et dans les tourments. Nôtre, comme l’ultime et géniale expression d’un judaïsme français qui depuis cent cinquante ans, tenacement, tentait de changer de nature, de se détruire en se fondant dans la nation française, sans jamais cependant y parvenir totalement, à cause de l’Autre. L’Autre c’était l’Affaire Dreyfus, et aussi Vichy. Nôtre par toute la vision de sa vision spirituelle qui l’égale aux plus grands. Wladimir Rabi, p. 61»

Dans ses Cahiers, Simone Weil avait rejeté avec la même violence certains traits du judaïsme et du christianisme :

Le totalitarisme est un ersatz du christianisme. La chrétienté est devenue totalitaire, conquérante, exterminatrice, parce qu’elle n’a pas développé la notion de l’absence et de la non-action de Dieu ici-bas. Elle s’est attachée à Jéhovah autant qu’au Christ, elle a conçu la Providence à la manière de l’Ancien Testament. Israël seul pouvait résister à Rome, parce qu’il lui ressemblait, et ainsi le christianisme naissant portait la souillure romaine avant même d’être la religion officielle de l’Empire. Le mal fait par Rome n’a jamais été vraiment réparé. Simone Weil, 1956, t. 3, p. 141

Il n’est pas étonnant qu’un peuple d’esclaves fugitifs, ou plutôt de fils de fugitifs, emmenés prendre, par des massacres, une terre paradisiaque par la douceur et la richesse, aménagée par des civilisations au labeur desquelles ils n’ont eu aucune part et qu’ils détruisent - un tel peuple ne pouvait pas donner grand-chose de bon. Ce n’était pas le moyen d’établir le bien sur ce fragment de terre. Parler de « Dieu éducateur » au sujet de ce peuple est une atroce plaisanterie. Idem, pp. 239-240

Les Juifs, cette poignée de déracinés, a causé le déracinement de tout le globe terrestre. Leur part dans le christianisme a fait de la chrétienté une chose déracinée par rapport à son propre passé. La tentative de réenracinement de la Renaissance a échoué, parce qu’elle était d’orientation anti-chrétienne. La tendance des « Lumières », XVIIIe siècle, I789, laïcité, etc., a accru encore infiniment le déracinement par le mensonge du progrès. Et l’Europe déracinée a déraciné le reste du monde par la conquête coloniale. Le capitalisme, le totalitarisme font partie de cette progression dans le déracinement ; les antisémites, naturellement, propagent l’influence juive. Les Juifs sont le poison du déracinement. Mais avant qu’ils ne déracinent par le poison, l’Assyrie en Orient, Rome dans l’Occident avaient déraciné par le glaive.Ibidem, pp. 246-247

Michel Mourre, p. 679. Michel Mourre, p. 679.
Wladimir Rabi, p. 61 Wladimir Rabi, p. 61.
Simone Weil, 1956, t. 3, p. 141. Simone Weil, 1956, t. 3, p. 141.
Idem, pp. 239-240. Idem, pp. 239-240.
Ibidem, pp. 246-247. Ibidem, pp. 246-247.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.