Simone Weil naît le 3 février 1909 à Paris, dans une famille de la bourgeoisie juive. Bernard Weil, son père, est un libre penseur dorigine alsacienne. Sa mère, Selma Reinherz, est plus attachée que lui à la pratique de la religion juive. Simone a un frère aîné, André Weil, qui deviendra mathématicien. Elle-même poursuit de brillantes études à Paris. Dabord au lycée Victor-Duruy où elle obtient son baccalauréat à lâge de quinze ans, puis à lÉcole normale supérieure. Elle a vingt-deux ans lorsquelle est reçue à lagrégation de philosophie en 1931. En marge de ses études, elle sengage dans le militantisme syndical, proche du mouvement trotskiste « Révolution prolétarienne », et collabore à sa revue. Après son agrégation, Simone Weil est nommée professeur de philosophie dans différents lycées de jeunes filles en province : au Puy, à Auxerre, à Roanne, puis à Bourges. Son travail est entrecoupé par de nombreux arrêts maladie et demandes de mise en disponibilité. Très vite, elle décide dabandonner son salaire denseignante pour devenir ouvrière et vivre du minimum. Elle travaille à la chaîne pendant quelques mois, dans les usines Alsthom puis Renault, de décembre 1934 à août 1935, en notant régulièrement ses réflexions. Cette double activité, physique et intellectuelle, aggravée par les privations quelle simpose, mine sa santé déjà fragile. En 1936, elle rejoint néanmoins les Brigades internationales en Espagne. A son retour en France, Simone Weil reprend son travail de professeur de philosophie jusquau début de la guerre. Elle quitte Paris en 1940, lorsque les lois raciales de Vichy la chassent de lEducation nationale. Elle se réfugie à Marseille avec ses parents et collabore au journal Les Cahiers du Sud sous le pseudonyme dEmile Novis. A Marseille, Simone Weil rencontre le père bénédictin J. M. Perrin qui la met en relation avec lécrivain chrétien Gustave Thibon. Ce dernier propose à Simone de laccueillir en Ardèche. Elle accepte, mais choisit de sinstaller dans un cabanon en ruines, plutôt que dans la maison de son hôte. Bien que de santé fragile, Simone Weil travaille aux champs tout en poursuivant ses lectures et ses recherches spirituelles. Son séjour en Ardèche est de courte durée. En mai 1942, elle regagne Marseille doù elle embarque avec ses parents pour New York où sest déjà réfugié son frère André. Depuis les États-Unis, elle se met à la disposition du Gouvernement français provisoire qui la nomme rédactrice à Londres. DAngleterre, elle présente plusieurs requêtes pour participer à des missions en France. Elle est pourtant très faible physiquement, mais continue à simposer des privations et souffre de tuberculose. Elle est finalement hospitalisée au sanatorium dAshford dans le Kent où elle décède le 24 août 1943, à lâge de trente-quatre ans.
Ce nest quaprès la guerre que les uvres
majeures de Simone Weil commencent à être publiées.
Albert Camus, alors directeur de collection aux éditions
Gallimard, contribue à la faire connaître. On découvre
alors à travers ses écrits un auteur au langage pur
et tranchant, une philosophe et une mystique inclassable. Michel
Mourre dira quelle est « la plus haute incarnation de
la nostalgie religieuse de lhumanité daujourdhui
» Spirituellement, Simone Weil fut sans doute plus proche du christianisme, quelle
na pourtant jamais rejoint par le baptême, que du judaïsme
de ses ancêtres, quelle na jamais pratiqué.
Elle demeure effectivement inclassable, bien que les intellectuels
chrétiens soient beaucoup plus nombreux à se réclamer
de ses écrits que les intellectuels juifs.
Parmi ses coreligionnaires, Wladimir Rabi fut un des rares à
ladmettre : « [Simone Weil est] nôtre dans la
douleur et dans les tourments. Nôtre, comme lultime
et géniale expression dun judaïsme français
qui depuis cent cinquante ans, tenacement, tentait de changer de
nature, de se détruire en se fondant dans la nation française,
sans jamais cependant y parvenir totalement, à cause de lAutre.
LAutre cétait lAffaire Dreyfus, et aussi
Vichy. Nôtre par toute la vision de sa vision spirituelle
qui légale aux plus grands.
»
Dans ses Cahiers, Simone Weil avait rejeté avec la même violence certains traits du judaïsme et du christianisme :
Le totalitarisme est un ersatz du christianisme. La chrétienté
est devenue totalitaire, conquérante, exterminatrice, parce
quelle na pas développé la notion de
labsence et de la non-action de Dieu ici-bas. Elle sest
attachée à Jéhovah autant quau Christ,
elle a conçu la Providence à la manière de
lAncien Testament. Israël seul pouvait résister
à Rome, parce quil lui ressemblait, et ainsi le christianisme
naissant portait la souillure romaine avant même dêtre
la religion officielle de lEmpire. Le mal fait par Rome
na jamais été vraiment réparé. 
Il nest pas étonnant quun
peuple desclaves fugitifs, ou plutôt de fils de fugitifs,
emmenés prendre, par des massacres, une terre paradisiaque
par la douceur et la richesse, aménagée par des
civilisations au labeur desquelles ils nont eu aucune part
et quils détruisent - un tel peuple ne pouvait pas
donner grand-chose de bon. Ce nétait pas le moyen
détablir le bien sur ce fragment de terre. Parler
de « Dieu éducateur » au sujet de ce peuple
est une atroce plaisanterie. 
Les Juifs, cette poignée de déracinés,
a causé le déracinement de tout le globe terrestre.
Leur part dans le christianisme a fait de la chrétienté
une chose déracinée par rapport à son propre
passé. La tentative de réenracinement de la Renaissance
a échoué, parce quelle était dorientation
anti-chrétienne. La tendance des « Lumières
», XVIIIe siècle, I789, laïcité, etc.,
a accru encore infiniment le déracinement par le mensonge
du progrès. Et lEurope déracinée a déraciné
le reste du monde par la conquête coloniale. Le capitalisme,
le totalitarisme font partie de cette progression dans le déracinement
; les antisémites, naturellement, propagent linfluence
juive. Les Juifs sont le poison du déracinement. Mais avant
quils ne déracinent par le poison, lAssyrie en
Orient, Rome dans lOccident avaient déraciné
par le glaive.
Michel Mourre, p. 679.
Wladimir Rabi, p. 61.
Simone Weil, 1956, t. 3, p. 141.
Idem, pp. 239-240.
Ibidem, pp. 246-247.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.