Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Louise Weiss

WEISS Louise

1893-1983

Journaliste, suffragette et députée européenne

Louise Weiss naît à Arras le 25 janvier 1893 dans une famille de la grande bourgeoisie industrielle et politique. Son père, Paul Weiss, protestant d’origine alsacienne, est ingénieur et directeur des mines au Ministère des Travaux publics. La mère de Louise, Jeanne Javal, est la petite fille de l’ophtalmologiste israélite Émile Javal, député de l’Yonne et membre de l’Académie des sciences. Paul Weiss, le père de Louise, est opposé à une instruction trop poussée des filles. Il s’élève contre la loi Camille Sée de 1880 qui préconise l’instrruction secondaire des jeunes filles. Louise ne cèdera pas à ses arguments. Elle suit d’abord des cours d’arts ménagers en Allemagne, puis reprend ses études secondaires et supérieures. En 1914, à vingt et un ans, elle est diplômée d’Oxford et agrégée de lettres.
Pendant la Grande guerre, Louise Weiss est infirmière. Elle fonde un hôpital militaire et un foyer pour les réfugiés en Bretagne. Parallèlement, elle fait ses débuts dans le journalisme pour Le Radical dans lequel elle écrit sous un pseudonyme, puis sous son nom à partir de 1916. A la fin de la guerre, Louise Weiss fonde son propre journal, L’Europe nouvelle, qu’elle dirige jusqu’en 1934. Les plus grands hommes politiques de l’époque s’expriment dans ses colonnes. Elle collabore parallèlement à de nombreuses revues françaises et étrangères comme L’Illustration, le Manchester Guardian et Le Petit Parisien dont elle est l’envoyée spéciale en U.R.S.S. et dans les Balkans. Pendant plus de quinze ans, elle consacre tous ses efforts à la défense d’une paix stable en Europe.
En 1934, Louise Weiss épouse Joseph Imbert qu’elle qualifie dans ses mémoires de charmant garçon, rêveur et impécunieux. Elle ne consacre que deux pages à cet épisode marital, conclu deux ans plus tard par un divorce : « A tout prendre, à défaut de bonheur, le mariage et surtout le divorce m’apportèrent un statut civil qui me facilita l’existence et m’ouvrirent des possibilités sentimentales que, sans avoir passé par leurs épreuves, je n’aurais certes point rencontrées. Je n’avais donc pas payé trop cher leurs malheureuses exigences. Louise Weiss, 1970, t. 3, p. 16 »
Louise Weiss abandonne la direction de L’Europe nouvelle en 1934 et se lance avec la même fougue dans la bataille féministe. L’avocate Marcelle Kraemer-Bach* et la présidente de l’U.F.S.F., Cécile Brunschvicg*, sollicitent son aide pour le mouvement suffragiste. Louise Weiss va s’y engager et investir sa fortune personnelle et son renom dans la lutte pour l’égalité des droits civils et politiques des femmes. Elle fonde un nouveau journal, La Française, qui soutient l’U.F.S.F. tout en gardant son autonomie morale et financière. Quelques mois avant les élections municipales de 1935, Louise Weiss inaugure, le 6 octobre 1934, une Boutique pour les femmes sur les Champs-Élysées. Dans la vitrine, une mappemonde porte la légende : « Les Américaines votent, les Anglaises votent, les Chinoises votent... Les Françaises ne votent pas. ». Des affiches expliquent aux Françaises : « Femmes dès que vous vous mariez, la loi vous déclare incapables : vous devenez incapables de vous diriger librement, de voyager, d’exercer un métier sans autorisation maritale… ». L’inauguration de la Boutique des femmes est filmée. C’est une grande première pour le féminisme français.
Pour ces élections municipales de 1935, les féministes organisent des votes symboliques dans les grandes villes de France. Louise Weiss se présente à Montmartre, dans le 18e arrondissement. Le jour du scrutin officiel, elle s’enchaîne à la colonne de la Bastille avec trois autres militantes en haranguant la foule : « Cette place évoque pour nous la fin de l’ancien régime et la Déclaration des Droits de l’Homme. Cette déclaration réputée si noble n’est en réalité qu’un chef-d’œuvre d’égoïsme. Ses auteurs ont oublié la femme. Idem, p. 89» Après la victoire du Front populaire en 1936, elle ne fait pas partie des trois femmes nommées par Léon Blum à son gouvernement, car dit-elle : « J’ai lutté, non pour être nommée, mais pour être élue. Ibidem, p. 120» La même année, Louise Weiss fonde une nouvelle association, La Femme Nouvelle, qui accueille près de 50.000 adhérentes en quatre ans. De 1936 jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale, elle enchaîne meetings, conférences et actions de harcèlement des sénateurs. Mais ceux-ci continuent à refuser d’entériner les propositions de droit de vote pour les femmes votées par le Parlement.
Lorsque les menaces de guerre se précisent, Louise Weiss demande la création d’un Service national féminin, mais ne parvient pas alors à le faire aboutir. Elle réussit en revanche à réunir un Comité pour les Réfugiés dont le baron Robert de Rothschild est un des membres les plus généreux. En tant que secrétaire générale de ce comité, elle agit notamment en faveur des passagers juifs du Saint-Louis Affrété par une compagnie allemande pour transporter un millier d'israélites éminents de Hambourg à Cuba, le Saint-Louis est refoulé par la police de la Havane. Appuyée par Victor Basch de la ligne des droits de l'homme, Louise Weiss réussit à convaincre le gouvernement français d'accueillir au moins un quart de ses passagers. Après la capitulation de la France, Louise Weiss rejoint la Résistance où elle intègre le réseau Patriam Recuperare, et collabore au journal clandestin Nouvelle République.
La paix revenue, Louise Weiss multiplie ses voyages en Orient et réalise plusieurs films documentaires. En 1971, elle fonde l’Institut des sciences de la paix à Strasbourg. Membre de la commission française auprès de l’U.N.E.S.C.O., elle est élue en 1979 représentante de la France à l’Assemblée des communautés européennes. A sa création, elle sera la doyenne du Parlement européen.
Louise Weiss décède à Paris, le 26 mai 1983 à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Elle était Grand Officier de la Légion d’honneur, une dignité à laquelle seulement deux femmes avant elle avaient été promues Avant Louise Weisse, seules Colette et la Maréchale Lyautey avaient été promues au grade de Grand Officier de la Légion d'honneur. Elle laissait une fondation pour récompenser des travaux sur la paix.

Louise Weiss, 1970, t. 3, p. 16.
Idem, p. 89.
Ibidem, p. 120.
Affrété par une compagnie allemande pour transporter un millier d'israélites éminents de Hambourg à Cuba, le Saint-Louis est refoulé par la police de la Havane. Appuyée par Victor Basch de la ligne des droits de l'homme, Louise Weiss réussit à convaincre le gouvernement français d'accueillir au moins un quart de ses passagers.
Avant Louise Weisse, seules Colette et la Maréchale Lyautey avaient été promues au grade de Grand Officier de la Légion d'honneur.

Bibliographie :

Film :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.