Louise Weiss naît à Arras le 25 janvier 1893 dans
une famille de la grande bourgeoisie industrielle et politique.
Son père, Paul Weiss, protestant dorigine alsacienne,
est ingénieur et directeur des mines au Ministère
des Travaux publics. La mère de Louise, Jeanne Javal, est
la petite fille de lophtalmologiste israélite Émile
Javal, député de lYonne et membre de lAcadémie
des sciences. Paul Weiss, le père de Louise, est opposé
à une instruction trop poussée des filles. Il sélève
contre la loi Camille Sée de 1880 qui préconise linstrruction
secondaire des jeunes filles. Louise ne cèdera pas à
ses arguments. Elle suit dabord des cours darts ménagers
en Allemagne, puis reprend ses études secondaires et supérieures.
En 1914, à vingt et un ans, elle est diplômée
dOxford et agrégée de lettres.
Pendant la Grande guerre, Louise Weiss est infirmière. Elle
fonde un hôpital militaire et un foyer pour les réfugiés
en Bretagne. Parallèlement, elle fait ses débuts dans
le journalisme pour Le Radical dans lequel elle écrit
sous un pseudonyme, puis sous son nom à partir de 1916. A
la fin de la guerre, Louise Weiss fonde son propre journal, LEurope
nouvelle, quelle dirige jusquen 1934. Les plus grands
hommes politiques de lépoque sexpriment dans
ses colonnes. Elle collabore parallèlement à de nombreuses
revues françaises et étrangères comme LIllustration,
le Manchester Guardian et Le Petit Parisien dont elle
est lenvoyée spéciale en U.R.S.S. et dans les
Balkans. Pendant plus de quinze ans, elle consacre tous ses efforts
à la défense dune paix stable en Europe.
En 1934, Louise Weiss épouse Joseph Imbert quelle qualifie
dans ses mémoires de charmant garçon, rêveur
et impécunieux. Elle ne consacre que deux pages à
cet épisode marital, conclu deux ans plus tard par un divorce
: « A tout prendre, à défaut de bonheur, le
mariage et surtout le divorce mapportèrent un statut
civil qui me facilita lexistence et mouvrirent des possibilités
sentimentales que, sans avoir passé par leurs épreuves,
je naurais certes point rencontrées. Je navais
donc pas payé trop cher leurs malheureuses exigences.
»
Louise Weiss abandonne la direction de LEurope nouvelle
en 1934 et se lance avec la même fougue dans la bataille féministe.
Lavocate Marcelle Kraemer-Bach* et la présidente de
lU.F.S.F., Cécile Brunschvicg*, sollicitent son aide
pour le mouvement suffragiste. Louise Weiss va sy engager
et investir sa fortune personnelle et son renom dans la lutte pour
légalité des droits civils et politiques des
femmes. Elle fonde un nouveau journal, La Française,
qui soutient lU.F.S.F. tout en gardant son autonomie morale
et financière. Quelques mois avant les élections municipales
de 1935, Louise Weiss inaugure, le 6 octobre 1934, une Boutique
pour les femmes sur les Champs-Élysées. Dans la vitrine,
une mappemonde porte la légende : « Les Américaines
votent, les Anglaises votent, les Chinoises votent... Les Françaises
ne votent pas. ». Des affiches expliquent aux Françaises
: « Femmes dès que vous vous mariez, la loi vous déclare
incapables : vous devenez incapables de vous diriger librement,
de voyager, dexercer un métier sans autorisation maritale
». Linauguration de la Boutique des femmes est filmée.
Cest une grande première pour le féminisme français.
Pour ces élections municipales de 1935, les féministes
organisent des votes symboliques dans les grandes villes de France.
Louise Weiss se présente à Montmartre, dans le 18e
arrondissement. Le jour du scrutin officiel, elle senchaîne
à la colonne de la Bastille avec trois autres militantes
en haranguant la foule : « Cette place évoque pour
nous la fin de lancien régime et la Déclaration
des Droits de lHomme. Cette déclaration réputée
si noble nest en réalité quun chef-duvre
dégoïsme. Ses auteurs ont oublié la femme.
»
Après la victoire du Front populaire en 1936, elle ne fait
pas partie des trois femmes nommées par Léon Blum
à son gouvernement, car dit-elle : « Jai lutté,
non pour être nommée, mais pour être élue.
»
La même année, Louise Weiss fonde une nouvelle association,
La Femme Nouvelle, qui accueille près de 50.000 adhérentes
en quatre ans. De 1936 jusquà la veille de la Seconde
guerre mondiale, elle enchaîne meetings, conférences
et actions de harcèlement des sénateurs. Mais ceux-ci
continuent à refuser dentériner les propositions
de droit de vote pour les femmes votées par le Parlement.
Lorsque les menaces de guerre se précisent, Louise Weiss
demande la création dun Service national féminin,
mais ne parvient pas alors à le faire aboutir. Elle réussit
en revanche à réunir un Comité pour les Réfugiés
dont le baron Robert de Rothschild est un des membres les plus généreux.
En tant que secrétaire générale de ce comité,
elle agit notamment en faveur des passagers juifs du Saint-Louis
.
Après la capitulation de la France, Louise Weiss rejoint
la Résistance où elle intègre le réseau
Patriam Recuperare, et collabore au journal clandestin Nouvelle
République.
La paix revenue, Louise Weiss multiplie ses voyages en Orient et
réalise plusieurs films documentaires. En 1971, elle fonde
lInstitut des sciences de la paix à Strasbourg. Membre
de la commission française auprès de lU.N.E.S.C.O.,
elle est élue en 1979 représentante de la France à
lAssemblée des communautés européennes.
A sa création, elle sera la doyenne du Parlement européen.
Louise Weiss décède à Paris, le 26 mai 1983
à lâge de quatre-vingt-dix ans. Elle était
Grand Officier de la Légion dhonneur, une dignité
à laquelle seulement deux femmes avant elle avaient été
promues
.
Elle laissait une fondation pour récompenser des travaux
sur la paix.
Louise Weiss, 1970, t. 3, p. 16.
Idem, p. 89.
Ibidem, p. 120.
Affrété par une compagnie allemande pour transporter un millier d'israélites éminents de Hambourg à Cuba, le Saint-Louis est refoulé par la police de la Havane. Appuyée par Victor Basch de la ligne des droits de l'homme, Louise Weiss réussit à convaincre le gouvernement français d'accueillir au moins un quart de ses passagers.
Avant Louise Weisse, seules Colette et la Maréchale Lyautey avaient été promues au grade de Grand Officier de la Légion d'honneur.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.