Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Sabine Zlatin

ZLATIN Sabine

1907-1996

Présidente-fondatrice du Musée mémorial d’Izieu

La Pologne est encore sous domination russe lorsque Sabine Chwast naît à Varsovie le 13 janvier 1907. Elle est la dernière d’une famille de douze enfants. Hermann Chwast, son père, est architecte. Très jeune, Sabine s’associe aux manifestations du Bund, l’union générale des ouvriers juifs de Pologne, de Lituanie et de Russie. Lorsqu’elle défile à Varsovie avec les ouvriers le 1er mai 1923, elle est arrêtée et incarcérée pendant six mois. A sa sortie de prison, elle quitte la Pologne et gagne France. Elle vit à Nancy où elle est étudiante en histoire de l’art. C’est là qu’elle rencontre Miron Zlatin, russe juif comme elle. Ils se marient le 31 juillet 1927. Miron Zlatin est ingénieur en agronomie. Les jeunes mariés s’installent dans une ferme de Landas, près de la frontière belge, où ils créent un élevage avicole industriel. Sabine travaille avec son mari, mais elle dessine et peint le reste du temps. Elle signe ses travaux du surnom de « Yanka » qu’on lui avait donné enfant, et se rend de temps à autre à Paris visiter des ateliers de peintre.
Sabine et Miron Zlatin sont naturalisés français en 1939, à la veille de la guerre. La même année, Sabine suit une formation d’infirmière militaire à la Croix Rouge. Affectée à l’hôpital de Lauwe, elle en est révoquée en 1941 parce que juive. La jeune femme se réfugie alors à Montpellier. Sur place, elle est agréée par l’O.S.E. qui a la responsabilité du travail social dans le. camp d’Agde. Le camp regroupe un rand nombre de juifs parmi lesquels plus de mille enfants accompagnés de leurs mères. Sabine se rend au camp deux à trois fois par semaine. Munie d’autorisations préfectorales, elle parvient à chaque visite à faire sortir du camp plusieurs enfants qui sont ensuite placés dans des maisons d’enfants de l’O.S.E., dans des familles chrétiennes ou dans des couvents avec l’aide de l’abbé Prévost de Montpellier. Lorsqu’on transfère les internés du camp d’Agde vers celui de Rivesaltes, Sabine Zlatin y poursuit son travail auprès d’Andrée Salomon*, assistante sociale de l’O.S.E.
A la promulgation du second statut des juifs du 2 juin 1941, Miron Zlatin décide de se déclarer comme juif comme le demande la loi. Plus tard, Sabine Zlatin commentera la décision de son mari : « C’était, disait-il, pour se conformer à une décision de l’Etat français. Sabine Zlatin, p. 39.» Bien que sa femme soit opposée à cette démarche, Miron les déclare tous les deux au commissariat. Sabine se procure alors de faux papiers d’identité et, sous le nom de Jeanne Verdavoire, elle continue à travailler avec l’O.S.E. jusqu’à la fermeture des bureaux de Montpellier en mars 1943. La préfecture de l’Hérault lui demande alors de s’occuper de dix-sept enfants juifs restés dans une maison d’enfants à Campestre, prés de Lodève. Trois mois plus tard, elle accompagne ces enfants dans l’Ain, un des quatre départements français que les Allemands n’occupent pas encore. Avec l’aide du sous préfet, Pierre Marcel Wiltzer, et avec celle de la secrétaire générale de la préfecture, Marie Antoinette Cojean, Sabine Zlatin et son mari s’installent avec les enfants dans une grande maison d’Izieu, appelée la « Colonie d’enfants réfugiés de l’Hérault ». La maison d’Izieu devient une sorte de plaque tournante où passent de nombreux enfants envoyés par l’O.S.E. Le couple est bientôt rejoint par une doctoresse, des éducateurs et une institutrice. Au début de l’année 1944, on leur signale l’arrestation de juifs à quelques kilomètres d’Izieu. La fermeture de la maison d’enfants est envisagée. Le 2 avril 1994, Sabine Zlatin part pour Montpellier pour tenter de trouver d’autres lieux d’accueil pour les enfants. Le 6 avril, jour prévu de son retour à Izieu, elle reçoit un télégramme codé : « Famille malade maladie contagieuse » lui annonçant l’arrestation des pensionnaires. Ce matin là, sur l’ordre de Klaus Barbie, les Allemands avaient arrêté les quarante-quatre enfants et les sept adultes qui se trouvaient dans la maison d’Izieu. Transférés à Drancy, les enfants seront déportés vers Auschwitz le 13 avril 1944 ; une seule fille survivra.
Après avoir tout tenté pour essayer de les sauver, Sabine Zlatin rejoint la Résistance à Paris. Aux côtés de son amie Denise Mantoux (Dorine dans la Résistance), elle travaille pour les services sociaux. Après la Libération, le ministère des Anciens combattants, Prisonniers et Déportés lui donne la charge de l’hôtel Lutetia réquisitionné pour l’accueil des déportés. Un d’entre eux qui avait travaillé avec son mari dans une usine à Reval (aujourd’hui Tallin en Estonie) lui apprend que Miron a été fusillé avec les deux éducateurs qui travaillaient à Izieu.
Lorsque prend fin l’accueil des déportés survivants, Sabine Zlatin recommence à peindre. Quelques années plus tard, elle ouvre une librairie spécialisée dans le théâtre, la danse et le cirque. Pendant quarante ans, elle se consacre à ces deux activités professionnelles. Elle en parle peu dans ses mémoires qui portent avant tout sur la maison d’Izieu.
Après la guerre, Sabine Zlatin intervient pour faire ériger une stèle à Bregnier-Cordon, au carrefour de la route qui conduit à Izieu. La stèle est posée en 1946. Pour que l’épisode tragique de la maison d’Izieu ne tombe pas dans l’oubli, Sabine Zlatin donne des conférences, participe aux différentes commémorations de la déportation et fait une longue déposition au procès de Klaus Barbie. En 1986, elle fonde avec des amis une association pour acheter la maison d’Izieu et y installer un Musée-mémorial. L’association est placée sous le haut patronage du président de la république François Mitterrand. C’est lui qui décore Sabine Zlatin de la croix de Chevalier Légion d’honneur, le 23 mars 1989. Soutenue notamment par Guy Bedos et par Yves Montand, une souscription permet l’achat de la maison. Devenue désormais une personnalité publique, Sabine Zlatin ne se dérobe pas à ses obligations : « Mon passé m’avait rejointe et m’empêchait de pratiquer mon métier de peintre et de libraire. J’avais changé. J’ai du donner beaucoup de mon temps à Izieu, une nouvelle fois.Idem, p. 98.»
Le 26 avril 1994 François Mitterrand inaugure le Musée-mémorial de la maison d’Izieu. Deux ans plus tard, Sabine Zlatin décède à Paris, le 21 septembre 1996.

Dans ses Mémoires de la « Dame d’Izieu », Sabine Zlatin précisait le devenir qu’elle envisageait pour la maison d’Izieu :

Sabine Zlatin, p. 39. Sabine Zlatin, p. 39.
Idem, p. 98. Idem, p. 98.
Ibidem, p. 95. Ibidem, p. 95.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.