La Pologne est encore sous domination russe lorsque Sabine Chwast
naît à Varsovie le 13 janvier 1907. Elle est la dernière
dune famille de douze enfants. Hermann Chwast, son père,
est architecte. Très jeune, Sabine sassocie aux manifestations
du Bund, lunion générale des ouvriers juifs
de Pologne, de Lituanie et de Russie. Lorsquelle défile
à Varsovie avec les ouvriers le 1er mai 1923, elle est arrêtée
et incarcérée pendant six mois. A sa sortie de prison,
elle quitte la Pologne et gagne France. Elle vit à Nancy
où elle est étudiante en histoire de lart. Cest
là quelle rencontre Miron Zlatin, russe juif comme
elle. Ils se marient le 31 juillet 1927. Miron Zlatin est ingénieur
en agronomie. Les jeunes mariés sinstallent dans une
ferme de Landas, près de la frontière belge, où
ils créent un élevage avicole industriel. Sabine travaille
avec son mari, mais elle dessine et peint le reste du temps. Elle
signe ses travaux du surnom de « Yanka » quon
lui avait donné enfant, et se rend de temps à autre
à Paris visiter des ateliers de peintre.
Sabine et Miron Zlatin sont naturalisés français en
1939, à la veille de la guerre. La même année,
Sabine suit une formation dinfirmière militaire à
la Croix Rouge. Affectée à lhôpital de
Lauwe, elle en est révoquée en 1941 parce que juive.
La jeune femme se réfugie alors à Montpellier. Sur
place, elle est agréée par lO.S.E. qui a la
responsabilité du travail social dans le. camp dAgde.
Le camp regroupe un rand nombre de juifs parmi lesquels plus de
mille enfants accompagnés de leurs mères. Sabine se
rend au camp deux à trois fois par semaine. Munie dautorisations
préfectorales, elle parvient à chaque visite à
faire sortir du camp plusieurs enfants qui sont ensuite placés
dans des maisons denfants de lO.S.E., dans des familles
chrétiennes ou dans des couvents avec laide de labbé
Prévost de Montpellier. Lorsquon transfère les
internés du camp dAgde vers celui de Rivesaltes, Sabine
Zlatin y poursuit son travail auprès dAndrée
Salomon*, assistante sociale de lO.S.E.
A la promulgation du second statut des juifs du 2 juin 1941, Miron
Zlatin décide de se déclarer comme juif comme le demande
la loi. Plus tard, Sabine Zlatin commentera la décision de
son mari : « Cétait, disait-il, pour se conformer
à une décision de lEtat français.
»
Bien que sa femme soit opposée à cette démarche,
Miron les déclare tous les deux au commissariat. Sabine se
procure alors de faux papiers didentité et, sous le
nom de Jeanne Verdavoire, elle continue à travailler avec
lO.S.E. jusquà la fermeture des bureaux de Montpellier
en mars 1943. La préfecture de lHérault lui
demande alors de soccuper de dix-sept enfants juifs restés
dans une maison denfants à Campestre, prés de
Lodève. Trois mois plus tard, elle accompagne ces enfants
dans lAin, un des quatre départements français
que les Allemands noccupent pas encore. Avec laide du
sous préfet, Pierre Marcel Wiltzer, et avec celle de la secrétaire
générale de la préfecture, Marie Antoinette
Cojean, Sabine Zlatin et son mari sinstallent avec les enfants
dans une grande maison dIzieu, appelée la « Colonie
denfants réfugiés de lHérault ».
La maison dIzieu devient une sorte de plaque tournante où
passent de nombreux enfants envoyés par lO.S.E. Le
couple est bientôt rejoint par une doctoresse, des éducateurs
et une institutrice. Au début de lannée 1944,
on leur signale larrestation de juifs à quelques kilomètres
dIzieu. La fermeture de la maison denfants est envisagée.
Le 2 avril 1994, Sabine Zlatin part pour Montpellier pour tenter
de trouver dautres lieux daccueil pour les enfants.
Le 6 avril, jour prévu de son retour à Izieu, elle
reçoit un télégramme codé : «
Famille malade maladie contagieuse » lui annonçant
larrestation des pensionnaires. Ce matin là, sur lordre
de Klaus Barbie, les Allemands avaient arrêté les quarante-quatre
enfants et les sept adultes qui se trouvaient dans la maison dIzieu.
Transférés à Drancy, les enfants seront déportés
vers Auschwitz le 13 avril 1944 ; une seule fille survivra.
Après avoir tout tenté pour essayer de les sauver,
Sabine Zlatin rejoint la Résistance à Paris. Aux côtés
de son amie Denise Mantoux (Dorine dans la Résistance), elle
travaille pour les services sociaux. Après la Libération,
le ministère des Anciens combattants, Prisonniers et Déportés
lui donne la charge de lhôtel Lutetia réquisitionné
pour laccueil des déportés. Un dentre
eux qui avait travaillé avec son mari dans une usine à
Reval (aujourdhui Tallin en Estonie) lui apprend que Miron
a été fusillé avec les deux éducateurs
qui travaillaient à Izieu.
Lorsque prend fin laccueil des déportés survivants,
Sabine Zlatin recommence à peindre. Quelques années
plus tard, elle ouvre une librairie spécialisée dans
le théâtre, la danse et le cirque. Pendant quarante
ans, elle se consacre à ces deux activités professionnelles.
Elle en parle peu dans ses mémoires qui portent avant tout
sur la maison dIzieu.
Après la guerre, Sabine Zlatin intervient pour faire ériger
une stèle à Bregnier-Cordon, au carrefour de la route
qui conduit à Izieu. La stèle est posée en
1946. Pour que lépisode tragique de la maison dIzieu
ne tombe pas dans loubli, Sabine Zlatin donne des conférences,
participe aux différentes commémorations de la déportation
et fait une longue déposition au procès de Klaus Barbie.
En 1986, elle fonde avec des amis une association pour acheter la
maison dIzieu et y installer un Musée-mémorial.
Lassociation est placée sous le haut patronage du président
de la république François Mitterrand. Cest lui
qui décore Sabine Zlatin de la croix de Chevalier Légion
dhonneur, le 23 mars 1989. Soutenue notamment par Guy Bedos
et par Yves Montand, une souscription permet lachat de la
maison. Devenue désormais une personnalité publique,
Sabine Zlatin ne se dérobe pas à ses obligations :
« Mon passé mavait rejointe et mempêchait
de pratiquer mon métier de peintre et de libraire. Javais
changé. Jai du donner beaucoup de mon temps à
Izieu, une nouvelle fois.
»
Le 26 avril 1994 François Mitterrand inaugure le Musée-mémorial
de la maison dIzieu. Deux ans plus tard, Sabine Zlatin décède
à Paris, le 21 septembre 1996.
Dans ses Mémoires de la « Dame dIzieu », Sabine Zlatin précisait le devenir quelle envisageait pour la maison dIzieu :

Sabine Zlatin, p. 39.
Idem, p. 98.
Ibidem, p. 95.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.