Depuis plus d’un siècle et demi, avec l’émission du premier timbre-poste français en 1849, ces petits formats imagés sont un des supports les plus populaires du pouvoir politique. Diffusés à des millions d’exemplaires, ils servent facilement d’outil de propagande idéologique.
Pour le premier timbre-poste, l’objectif était de représenter une figure de la République qui véhiculerait une image de l’État à quinze millions d’exemplaires. Comme pour les monnaies sur lesquelles la République était figurée par le profil d’une femme, pour cette première vignette, rééditée cent cinquante ans plus tard, le choix s’était d’emblée porté sur une figure de Liberté féminine. Compte tenu de l’actualité politique trop brûlante, il ne pouvait être alors question d’une femme au bonnet phrygien et c’est finalement un profil de femme inspiré de l’antiquité grecque qui fut retenu comme premier emblème postal de la République française. Ce timbre, que les philatélistes vont rapidement appeler Cérès, du nom de la déesse latine des moissons, préfigure toutes les Mariannes qui vont se succéder et donner un visage féminin à la France, un pays où les femmes devront cependant attendre encore un siècle avant d’obtenir le droit de vote.
Depuis l’émission de ce premier timbre jusqu’à aujourd'hui (juillet 2009), les Postes françaises ont émis près de trois mille timbres consacrés à des personnages historiques. Parmi eux, seulement soixante douze (à peine plus de 2%) ont été dédiés à des figures féminines historiques et à leurs œuvres. Cette rareté n’est pas évidente ; elle est en fait masquée sur les timbres comme sur d’autres supports iconographiques - peinture, cinéma ou magazines -, par une pléthore de représentations féminines qui symbolisent autre chose qu’elles-mêmes ou qui consacrent le talent des hommes.
Le nombre de personnalités féminines honorées par ces soixante douze timbres est encore plus réduit du fait que la même personne a parfois eu l’hommage de plusieurs timbres. C’est plus particulièrement le cas de Jeanne d’Arc à laquelle cinq timbres différents ont été dédiés. Cinq autres femmes ont eu droit à un double honneur de la poste, en effigie ou à travers leurs œuvres : Marie Curie, Chanel, Berthe Morisot, George Sand, Madame de Sévigné, Marie-Hélène Vieria da Silva et Madame Vigée-Lebrun. Compte tenu de ces hommages multiples et du fait qu’un même timbre porte les effigies de deux femmes - les aviatrices Hélène Boucher et Maryse Hilsz -, on ne compte finalement aujourd’hui que soixante-deux personnalités féminines honorées par soixante douze timbres-poste français depuis leur création.
Les timbres que la poste a consacrés à des personnages historiques féminins se devaient pourtant d’être réunis ; dans un des rares panthéons nationaux qui leur a été ouvert, ils imposent des images et des œuvres de femmes à tous les publics. Les notices biographiques que j’ai rédigées pour accompagner ces timbres retracent des itinéraires très différents, de femmes célèbres ou moins connues. Les actrices, les chanteuses et les écrivaines y sont les plus représentées, à côté de résistantes, d’aviatrices, de reines ou de religieuses en nombres moins importants. Quelles que soient leurs qualités, toutes ont été des actrices de l’Histoire qui a trop souvent tendance à les oublier.
Le nombre de timbres consacré à des femmes est trop réduit pour permettre des hypothèses significatives sur les qualités privilégiées par la poste pour le choix des femmes qu’elle a honorées par un ou plusieurs timbres. J’ai néanmoins tenté de dégager quelques catégories et de faire quelques remarques.
Les qualités retenues sont parfois explicites, lorsque les personnalités féminines font partie de séries thématiques, telles les « Héros de la Résistance » ou les « Comédiens français », séries dans lesquelles le masculin l’emporte toujours sur le féminin, que ce soit dans son intitulé ou dans le nombre de timbres.
Le thème d’abord intitulé « Hommage à la femme » puis « Hommage aux femmes », dans lequel quatre timbres furent émis entre 1983 à 1986, lorsque les socialistes étaient au pouvoir, ne privilégie pas de qualité particulière. On note tout d’abord le changement de cet intitulé, qui fait écho au flottement durable dans la désignation du 8 mars comme la journée de « la femme » ou la journée « des femmes », la dernière formule étant la plus appropriée. On peut aussi noter que les femmes choisies ont des qualités très différentes. La première, Danielle Casanova, est une héroïne de la Résistance communiste, qualité qui n’est pas indiquée sur le timbre qui lui fut dédié ; la seconde, Flora Tristan, classée ici parmi les écrivaines féministes, n’est pas qualifiée non plus sur son timbre. Les suivantes non plus ; Pauline Kergomard fut, elle, pédagogue et promotrice des écoles maternelles et Louise Michel, militante anarchiste et écrivaine.
Comme elle, d’autres personnalités féminines timbrifiées eurent des talents et des activités multiples. Une présentation des fiches sous forme de base de données informatisée permet d'y accéder par toutes les entrées, sans pour autant multiplier le nombre de personnalités honorées !
Michèle Bitton
Août 2009